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AFV-Joola France

AFV Joola France
Site Internet : http://afv.joola.free.fr/


Objectifs de l'AFV Joola France, qui regroupe les familles des 30 victimes Européennes originaires de France, Pays-Bas, Belgique, Norvège, Espagne et Suisse :

Obtenir le renflouement du " Joola " à des fins d'expertises et pour permettre la récupération des dépouilles et leur identification.

Retrouver les objets personnels des victimes qui se trouvent quelques mètres sous l'eau.

Obtenir la vérité sur les conditions du naufrage et de la non-assistance aux victimes.



Communiqué de l’AFV Joola du 10 mars 2003

Le Parlement Européen veut que " Le Joola " soit rapidement renfloué.

Cette semaine le Parlement Européen pressera instamment le commissaire Européen Poul Nielson et le Président Sénégalais Abdoulaye Wade d’affecter d’urgence des fonds au renflouage du ferry coulé " Le Joola ". Les coûts du renflouage sont estimés à environ trois millions de dollars et l’Union Européenne dispose d’un fonds à partir duquel cette somme peut être prélevée.
Cela fait maintenant déjà cinq mois que " Le Joola " a chaviré par gros temps au large de la Gambie. Plus de 1.800 personnes ont perdu la vie dans ce naufrage, parmi lesquelles 30 Européens, originaires de France, d’Espagne, de Belgique, de Norvège, de Suisse et des Pays-Bas. Seules 64 personnes ont survécu à cette catastrophe et 260 corps ont été récupérés. Environ 1.500 victimes se trouvent encore dans la coque du navire, en attendant que des adieux dignes leur soient faits. Le naufrage du " Joola " est l’une des plus dramatiques catastrophes maritimes de l’histoire moderne.
Les proches des victimes réclament depuis déjà longtemps le renflouage du navire. Juste après la catastrophe, le président du Sénégal Abdoulaye Wade s’était engagé à fournir toute l’assistance nécessaire afin de renflouer le ferry. Mais jusqu’à ce jour (trop) peu a hélas été entrepris afin de répondre aux souhaits des proches des victimes : renflouer " Le Joola ", identifier les victimes et leur donner une tombe, individuelle ou commune.
Le renflouage du ferry semble contrarié par l’impuissance politique et la bureaucratie de Bruxelles. L’Union Européenne dispose en effet d’un fonds spécial qui permettrait de payer les coûts du renflouage du " Joola " : le huitième Fonds européen de développement (8e FED). Bien que la date limite de ce fonds ait déjà été dépassée depuis longtemps, il contient encore de l’argent. Cependant, M. Nielson, commissaire européen pour l’Aide humanitaire, veut attendre une demande officielle du Sénégal avant de libérer les fonds nécessaires. Le président Abdoulaye Wade a depuis fait savoir qu’il était disposé à faire appel à l’aide internationale.
Le Parlement Européen estime que dans le cas du " Joola ", il ne faut pas attendre le résultat de procédures floues. Il faut agir d’urgence pour renflouer le bateau et identifier et inhumer les victimes. Les proches des victimes Sénégalaises et Européennes peuvent difficilement accepter la perte des leurs, sachant que les corps sont encore dans le bateau. Comme l’exprime une mère Sénégalaise : "J’ai l’impression que mon enfant est emprisonné. C’est seulement lorsque le bateau aura été renfloué et que mon enfant aura reçu une place dans la terre que je me sentirai libérée de cette impression et que je pourrai commencer à me résigner à sa disparition."
Le renflouage du " Titanic africain " est une opération assez simple à réaliser. " Le Joola " est seulement à 30 km de la côte, juste au-dessous de la surface du niveau de la mer, sur un banc de sable. L’entreprise Néerlandaise Smit International a, sur demande du gouvernement Sénégalais, étudié les possibilités de renflouer le bateau. Smit International estime les coûts à 2,9 millions de dollars et pense pouvoir effectuer l’opération en une journée et demi. L’identification des victimes pourra ensuite commencer. L’unité Néerlandaise d’identification des victimes de catastrophes (Rampen Identificatie Team/RIT) est disposée à prêter son assistance, à condition que le Ministère des Affaires étrangères en fasse la demande.
À titre de comparaison : le renflouage du " Kursk " a coûté 65 millions de dollars. Ce sous-marin comptait à son bord 116 personnes. La catastrophe du pétrolier " Prestige " a déjà causé plus d’un milliard d’euros de dégâts.





La justice Française ouvre une information judiciaire sur le naufrage du "Joola"

Le 1er avril 2003, suite à une quinzaine de plaintes contre X, déposées par les familles des victimes Françaises, le parquet d'Evry dans la région parisienne a été désigné pour enquêter sur des faits d’homicides et blessures involontaires par violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité, et défaut d'assistance à personne en péril.

Cette plainte intervient en France sept mois après le naufrage car depuis tout ce temps la justice Sénégalaise a fait preuve d’inaction, aucun responsable n’a été inculpé, et les autorités n’ont donné aucune réponse aux nombreuses questions posées par les familles comme le dénonce Nathalie Meyzie, belle-soeur d'un disparu et membre de l'AFV-Joola Europe : "Depuis six mois, les autorités Sénégalaises ne répondent pas. Le bateau gît toujours par vingt mètres de fond et l'enquête est au point mort. Pourquoi a-t-on laissé monter 1.900 personnes dans un bateau prévu pour 550 passagers ? Pourquoi les secours ont-ils mis plus de 12 heures à arriver ? Pourquoi n'a-t-on pas encore remonté le navire ? Il faut que les responsabilités soient établies".




Interview d’Alain Verschatse père d’une jeune disparue

Parue le 25 avril 2003 dans le journal Sénégalais « Le Quotidien »


Vous êtes à l’origine de la plainte auprès de la justice française, dans l’affaire du bateau du Joola, qu’est-ce qui a motivé votre action ?
Alain Verschatse : Je ne dirais pas que je suis à l’origine de la plainte. Il est vrai que mon nom est apparu dans les journaux français, comme ici au Sénégal. Mais c’est fortuitement, dans la mesure où un journaliste en France, a réussi à me contacter suite à l’instruction judiciaire qui avait été ouverte. Mais en fait c’est seulement l’aboutissement de plusieurs plaintes, de plusieurs familles françaises. Quand on est venu pour la première fois au Sénégal, on voulait effectivement aller plus loin, et que cela débouche sur une instruction judiciaire. En France il y a eu une association qui s’est mobilisée, les Hollandais en ont fait de même … Donc, même si j’ai été cité dans les journaux, il faut préciser que je ne suis pas le seul dans cette affaire.

Quel proche parent avez-vous perdu dans cette tragédie ?
J’ai perdu ma fille Claire, qui allait avoir 21 ans. Elle était accompagnée d’une amie d’enfance, ce sont deux grandes copines qui réalisaient leur premier grand voyage, en Afrique, ici au Sénégal.
Mais il faut préciser qu’au-delà de la douleur, il nous semblait que l’après tragédie était oubliée, enfouie. En France, on ne pouvait pas accepter cet état de fait. Pour nous le combat vient de commencer, on continuera à se battre pour qu’on sache la vérité sur ce qui s’est réellement passé. Ce n’est certainement pas, comme on nous dit, un coup de vent qui a renversé « Le Joola », il y a certainement d’autres choses. On a fait notre petite enquête, on a essayé d’avoir des renseignements et on va continuer à le faire. Mais aujourd’hui, il y a aussi l’instruction judiciaire et on espère que les responsables seront mis au devant du public.

Mais avant l’ouverture de l’information judiciaire, avez-vous essayé d’entrer en contact avec les autorités sénégalaises pour en savoir un peu plus ?
On n’a jamais rien su. J’ai toujours demandé à rencontrer le président Wade. Jusqu’à présent rien, mais j’essaye toujours, d’ailleurs durant ce séjour j’ai encore essayé en vain. Nous partons demain donc je ne vais pas le rencontrer. Mais on aura certainement l’occasion de revenir à Dakar c’est sûr, et de nouveau j’essaierai de le rencontrer.
Par ailleurs, j’ai rencontré des autorités militaires en Casamance, de même que le gouverneur de Ziguinchor, mais ils ne m’ont rien apporté. J’ai aussi rencontré les autorités sénégalaises en France, l’ambassadeur du Sénégal à Paris, à Bruxelles, ils nous ont gentiment écouté mais rien, rien, n’est apparu derrière. Ils n’ont vraisemblablement jamais réussi à faire parvenir nos doléances au président Wade. Soit il les a reçues et il ne veut pas nous répondre, soit alors l’administration sénégalaise est tellement lente qu’elle n’a vraiment pas réussie au bout de 6 mois, à atteindre le président de la République, ce dont je doute.

Qui avez-vous rencontré comme autorité militaire ?
J’ai rencontré un colonel à Ziguinchor, je ne connais plus son nom exact, c’est un colonel responsable, je pense, de la Division militaire de Ziguinchor, c’est quelqu’un qui a nous écouté …

Que leur avez-vous demandé ?
Je leur ai demandé déjà si le commandant était bien à bord. Car au début, en novembre, il y avait un grand doute qui existe encore aujourd’hui, sur la présence du commandant à bord ; sur la mort ou pas du commandant sur le bateau, il y a des gens qui ont dit qu’il n’est pas mort, qu’il était rescapé. Pour nous tout ceci n’est pas très clair. Je respecte bien les sentiments de sa famille, mais il demeure toujours sur sa mort, et éventuellement s’il était présent ou pas.
On a essayé aussi de voir qui ma fille avait vu avant de mourir. Je voulais comprendre ce qui s’était réellement passé, on a été pour cela en contact avec les associations, les Ibrahima Cissé, les Guy Aris Ndouye, des personnes comme Aïdar, Gérard Jérome, Charles Becker entre autres. A force de contacts, je suis arrivé à mieux comprendre certaines choses.
Mais je tiens à préciser que très sincèrement dans l’information judiciaire qui a été ouverte, je doute de l’objectivité de la France. Je ne suis pas sûr que la France dans cette démarche judiciaire avec le Sénégal sera objective, je l’ai dit en France je le dis ici. C’est la raison pour laquelle, j’aimerais bien qu’aussi aux Pays Bas, qu’en Belgique, qu’en Espagne, tous ces gens là dans leur pays puissent porter plainte pour aboutir à l’ouverture d’une information judiciaire.
Mon souhait étant que des instructions judiciaires, que des enquêtes soient réalisées non pas seulement depuis la France mais aussi depuis les différents pays européens.

Qu’est-ce qui motive votre doute par rapport à l’objectivité de la France ?
Les relations franco sénégalaises. En France, vous savez il y a des politiques, il y a des affaires, les politiques sont ici comme en France, comme partout, à l’abri de certaines choses. A ce niveau, quand on parle de relations entre la France et le Sénégal, et même d’autres pays, il y a des intérêts internationaux, que le décès d’une trentaine de personnes, ne peut ébranler. Ils peuvent très bien s’entendre sur l’aboutissement de cette affaire, ils peuvent s’arranger, je pense ça. Le tout pour raison d’Etat.

Selon les journaux français, vous affirmez que, sans victimes européennes les Sénégalais auraient déjà accepté ce qu’on veut bien leur dire ? Qu’entendez-vous par là ?
J’ai l’impression que la culture sénégalaise, - enfin je ne connais le Sénégal que depuis la tragédie - fait que les gens, (ils ont perdu quand même presque deux milliers de personnes), se résignent. Je m’étonne que devant cette tragédie dite beaucoup plus importante que le bateau Titanic, les gens ne se révoltent pas. Je ne parle pas de manifestations de violence. Mais ils ne se révoltent pas et ne portent pas plainte, alors qu’il me semble qu’ici aussi la justice sénégalaise permet aux gens de porter plainte. Je ne vois pas pourquoi les gens ne le font pas, ils sont comme nous face à des gens qui ne leur donnent aucune réponse. Ici au Sénégal ils ont pratiquement 1.800 personnes qui sont décédées et je ne trouve pas, qu’il y ait une force qui se soit dégagée, pour retrouver la vérité. La vérité est la même pour nous comme pour eux, donc je pense qu’il faut qu’ils fassent comme nous, qu’ils aillent porter plainte et demander des comptes à la justice. Je souhaite que les Hollandais et les Espagnols en fassent de même, et les Sénégalais doivent aussi le faire. Ils ont le droit eux aussi de connaître la vérité, et je crois qu’ils seront très contents d’avoir fait cette démarche quand ils auront les résultats.

Au-delà de votre soif de vérité, qu’attendez-vous de votre démarche ?
La vérité, rien que la vérité. C’est cela qui prime et non les indemnités. Je comprends qu’au Sénégal on évoque ces indemnités, ce d’autant plus que la plupart des disparus étaient des soutiens de famille.
En France, le problème ne se pose pas de cette manière. La perte de ma fille ne m’empêche pas de vivre financièrement. Ma fille, elle est là dans l’eau (Il désigne la mer du doigt). Je ne peux pas la laisser là et me dire «Ok, ma fille a pris le bateau qui a fait naufrage, et elle n’est pas revenue de son voyage au Sénégal». Non, non !!!
Il y a des gens qui ont provoqué consciemment ou inconsciemment cette tragédie. Le bateau n’a pas coulé tout seul. Il y a des raisons, et pas seulement d’ordre climatique. Je suis en droit de savoir ce qui s’est passé et je veux le savoir. Sur ce bateau, il ne devait y avoir que 500 personnes, il y en avait près de 2.000, déjà il y a faute. En France, c’est impensable que cela puisse arriver il n’y a aucune raison que cela puisse arriver au Sénégal. On est en 2003, je pense qu’il y a des gens qui sont responsables, je voudrais les entendre. Vous savez, le jour du naufrage il y a des gens qui se sont rapprochés du chef d’Etat major des forces armées. C’est une personne qui apparemment avait des impératifs le lendemain du naufrage, il devait aller remettre des médailles à Saint-Louis, lorsqu’on l’a appelé dans la nuit, pour lui dire qu’il y avait le naufrage du « Joola », il a renvoyé cette demande en disant qu’il ne pouvait s’en occuper, et qu’il devait aller à Saint-Louis le lendemain. Nous avons appris cela en faisant notre petite enquête et pas obligatoirement avec des gens qui nous auraient menti. Par la suite des recoupements d’informations nous ont faits savoir qu’il y a beaucoup de non-dits dans cette affaire. Surtout au niveau de la réaction ou plutôt manque de réactions des autorités militaires. Aidar lui qui n’a rien à voir avec le naufrage, il n’était pas concerné directement, a fait 18 heures de chaloupe en mer pour aller sur les lieux du naufrage. Au moment où le chef des forces armées est allé à Saint-Louis pour remettre des médailles. Je pense que cette personne a des choses à dire. J’ose espérer qu’elle sera interrogée.

Vous avez cherché à le contacter ?
Non ! Parce que j’essaie de rencontrer le président Wade, pour lui parler, il est père lui aussi. J’aimerais bien savoir pourquoi depuis six mois, il y a ce qui me semble être de l’indifférence. Je peux me tromper, mais, vu de l’autre côté des familles sénégalaises ou françaises, c’est de l’indifférence. On n’envoie pas à la mort 2.000 personnes et on reste indifférent, je ne comprends pas.

Avez-vous déjà été entendu en France ?
Pas encore. On a une réunion des familles des victimes françaises le 14 mai. Quand je suis ici, je ne représente pas l’association française. Je viens ici parce que j’ai besoin de me rapprocher des dernières personnes que ma fille a vu, de mener ma petite enquête.

Vous êtes donc ici à titre personnel ?
Oui. Et mon discours n’est pas obligatoirement le discours de l’Association française des familles de victimes. Quand il y a des choses à dire au nom de l’association, je m’entretiens avec eux, mais, j’ai aussi des choses personnelles à dire, j’ai des contacts personnels et j’ai avancé de façon personnelle. Les informations quand elles sont vérifiées seront des informations qui en leur temps seront utiles.

Parmi les victimes étrangères, deux ont été retrouvées. Votre fille n’en fait pas partie, mais aujourd’hui il se pose la question de remonter l’épave du bateau. Qu’en pensez-vous ?
A mon sens, il faudrait remonter l’épave. Je dirais que beaucoup de familles françaises, sénégalaises ou européennes désirent que l’on remonte l’épave. Toutes ces familles ne considèrent pas que le dernier lieu de recueillement soit le bateau. Il y a des gens qui ont besoin d’avoir autre chose. Déjà pour ces gens-là il faut leur répondre, retrouver des effets personnels, retrouver des dépouilles, les identifier. La Hollande est prête à le faire. Le budget pour le faire existe, en Europe. Le président Wade ne peut pas dire qu’il ne sait pas, parce que la presse française en a parlé.
Je suis moi-même allé aux commissions européennes pour demander une intervention auprès du président Wade, pour qu’il demande à l’Europe une aide. Les fonds existent pour renflouer le bateau. La Smit, une société hollandaise avait déjà fait en son temps, une étude sur le coût du renflouement du bateau. Il suffit, ça a été dit et répété mille fois, d’obtenir de la part des autorités sénégalaises une demande officielle, auprès de l’Union européenne, pour pouvoir débloquer des fonds.

Seulement, il n’existe pas de fonds spécifiques pour ce renflouement ?
Il n’existe pas des fonds spécifiques à ça, mais des lignes budgétaires en Europe qui pourraient très bien servir à ça. Le président Wade doit le savoir. Peut-être que le président Wade ne veut pas trop demander parce qu’il a peur d’avoir un refus, etc. Ce que je peux comprendre, mais quand on lui dit, qu’on lui écrit qu’il suffit de demander, pourquoi ne le fait-il pas ? On comprend bien qu’on ne peut pas pomper le budget d’un pays comme le Sénégal, mais c’est quand même le problème du Sénégal. Et l’Europe est prête à aider et il y a des tas de gens qui sont intervenus pour apporter des fonds, on ne prend pas l’argent du pays pour résoudre notre problème.

Le renflouement peut aussi renforcer le traumatisme des familles ?
Je pense que si des familles veulent retrouver des dépouilles et des effets personnels, cela devrait suffire pour le renflouement. En plus, je pense qu’il y a des expertises à faire sur le bateau pour comprendre ce qui s’est véritablement passé. Ce n’est certainement pas le coup de vent qui a suffi pour renverser le bateau. Le fait qu’il y ait eu 2.000 personnes sur ce bateau n’a pas facilité les choses ; cela a sans doute permis au bateau de se renverser plus facilement. Il y a certainement d’autres problèmes.

Si le bateau était remonté y a-t-il quelque chose de précis qui vous permettrez d’identifier votre fille ?
Des effets personnels si on retrouvait l’appareil photo que son frère lui avait donné, mon fils serait content.

Qu’est-ce que votre enquête personnelle vous a fait découvrir de plus ?
J’attends que l’information judiciaire en France avance et puis on verra ce qu’elle découvrira ou pas. Cela m’importe de savoir objectivement ce que la France, et puis les gens qui seront derrière l’instruction judiciaire apporteront. On sait que lors du voyage d’inauguration, le bateau avait connu des problèmes. La presse sénégalaise le sait bien, le bateau, on l’avait obligé à repartir. A priori le commandant du bateau avait refusé le départ de Ziguinchor. Il aurait reçu des ordres, on ne sait pas d’où, on ne sait pas de qui. Si le commandant du bateau a refusé de partir, il y a des raisons ? Peut-être que ce sont des raisons d’ordre mécaniques, ça il faut le savoir.
Le bateau a besoin d’être remonté, pour répondre aux questions que l’instruction judiciaire, sera amenée à poser. Et cela on sait le faire, on a remonté par 110 mètres de fond un sous-marin, avec 100 personnes dedans, il me serait assez difficile de comprendre qu’on ne pourrait pas remonter le bateau « Le Joola ». Ce n’est pas obligatoirement facile avec la mer agitée, les moyens à mettre en œuvre pour ressortir le bateau seront peut-être plus difficiles et plus onéreux qu’il y a quelques temps, mais on peut le faire. Surtout que le lendemain du naufrage, « Le Joola » était amarré au remorqueur.
C’est vérifié, le bateau était amarré pendant qu’il flottait et pendant une demi journée, ils ont demandé aux autorités sénégalaises ici à Dakar, où voulez-vous qu’on emmène le bateau ? Il est amarré, et trois élingues avaient déjà été attachées au remorqueur. Il suffisait de dire amener le bateau sur les hauts fond à tel endroit, c’était fait dans la journée. Ici on était incapable de donner cet ordre, de donner cette décision. Pourquoi cela n’a-t-il pas été fait ? Manque d’autorité pour prendre cette décision ? Il faut qu’on sache ! Ou est-ce qu’il ne fallait pas qu’on voie le bateau ? Je ne sais pas, pourquoi le commandant aurait refusé de partir. 2.000 personnes, c’était peut-être beaucoup, mais il n’a jamais emporté 500 personnes « Le Joola ». C’était toujours entre 1.000 et 1.500. Vous discutez avec n’importe quel militaire, on sait très bien que, selon le grade, les militaires ont droit de mettre sur le bateau des gens pour un petit peu de «Bakchich». Je suis venu deux fois au Sénégal et au bout de 15 jours, j’ai appris plein de choses. Alors les autorités ici, le savent bien, sur le bateau, on sait bien que ça s’est passé comme ça.

Sur un plan beaucoup plus personnel comment avez-vous appris la nouvelle ?
A la radio en France, les parents de Guérande ont une petite entreprise et ils travaillent pratiquement à la maison, en écoutant toujours la radio. Et à la radio France Inter, à 15 h le vendredi 27 septembre 2002, on a entendu qu’un bateau avait fait naufrage, au Sénégal entre Dakar et la Casamance. Alors, son papa s’est tout de suite renseigné sur le bateau pour apprendre que c’était « Le Joola ». Il s’est renseigné pour savoir dans quel sens le bateau circulait, s’ils allaient de Casamance vers Dakar ou le contraire. Alors il a appris que c’était de la Casamance vers Dakar, et il y avait donc de fortes chances pour que nos filles soient dedans, car elles devaient rentrer vers Dakar en bateau pour continuer le folklore. Elles ont voulu en profiter, voir les dauphins, etc …
Ensuite, on a eu du mal à avoir la confirmation qu’elles étaient sur le bateau, par ce que leurs noms ne figuraient pas sur le manifeste, puisqu’elles avaient acheté des billets à quelqu’un. J’ai d’ailleurs retrouvé la personne, à Dakar, qui leur avait vendu le billet, qui m’a confirmé avoir vendu le billet à ma fille. Il n’y avait aucune ambiguïté.
Le samedi, le petit ami de Guérande a pris un avion tout de suite pour venir à Dakar, il est allé sur le port, a fouillé les conteneurs, on n’a reconnu ni Guérande ni Claire. Il est allé à l’aéroport, car les filles devaient prendre leur avion le samedi soir et elles n’ont pas pris leur avion, donc on a compris. Elles avaient passé 15 jours au Sénégal et devaient retourner en France le 29 septembre.





stèle en mosaïque constituée de 1.863 tesselles à la mémoire des sacrifiés du Joola






Enquête sur le naufrage au tribunal d'Evry


Tribunal d'Evry le 11 mars 2004 Le 11 mars 2004, Jean-François Pascal le procureur de la République d'Evry a annoncé aux familles des victimes françaises que trois commissions rogatoires ont été lancées dans le cadre de l'information judiciaire sur le naufrage du "Joola".

Une première commission rogatoire a été délivrée à la section recherches de la gendarmerie de Paris pour vérifier si la base de la Marine française à Dakar avait reçu des appels au secours la nuit du naufrage, et si ses navires étaient présents dans la zone du naufrage.

Une seconde commission pour déceler à partir des plans du bateau et de son cahier des charges d’éventuels défauts de construction.

Une troisième commission rogatoire au Sénégal avec pour objectif d'entendre les membres de l'équipage rescapés et surtout de s'assurer du décès du commandant du "Joola", le capitaine de corvette Issa Diarra, déclaré mort par les autorités sénégalaises au lendemain du naufrage. Cette hypothèse avait provoqué l'arrêt de l'enquête au Sénégal, mais la justice française doute de la mort du commandant. "La réussite de la commission dépend de la bonne volonté du Sénégal", a reconnu le procureur d'Evry …



Le 5 octobre 2006, une réunion au tribunal d'Evry entre les parties civiles et le juge d'instruction en charge du dossier du naufrage du " Joola " a permis de faire le point sur les avancées de l'enquête et l'éventualité de délivrer des mandats d'arrêt internationaux contre huit personnes, parmi lesquels l'ancien Premier ministre sénégalais Mame Madior Boye, l'ex-ministre de l'Equipement et des Transports Youssouph Sakho, l'ex-ministre des Forces Armées Youba Sambou et cinq directeurs d'administrations.

Des responsabilités pénales peuvent être engagées pour homicide involontaire aggravé et non-assistance à personne en péril. Mais le procureur de la République d’Evry, Jean-François Pascal, a déclaré : " Ce qui bloque pour l’instant, c’est le refus du Sénégal de coopérer à l’enquête ".

Selon Me Etienne Rosenthal, qui défend les parties civiles, la catastrophe est née d'une accumulation de fautes concernant le non respect de la réglementation. Le bateau pouvait accueillir 580 passagers, mais près de 2.000 personnes se trouvaient à bord au moment du naufrage. L'enquête a également établit que l'eau avait pu s'engouffrer par la porte arrière du bateau, entrouverte pour permettre aux 400 personnes qui se trouvaient dans la cale normalement destinée à accueillir des marchandises de respirer.
Le " Joola " avait été déclaré en état d'inavigabilité depuis plusieurs années. Aucun appel de détresse n'a été émis par radio VHF. Des déflecteurs d'air installés juste au-dessus de la ligne de flottaison sur les hublots pour aérer les cabines ont également permis à l'eau de s'engouffrer dans le bateau. Les canots de sauvetage, qui avaient été sanglés pour éviter les vols, étaient rendus inutilisables et n'étaient pas équipés de systèmes de largage automatique.



> Rapport d'expertise du tribunal d'Evry




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