Ziguinchor en Casamance
Le Président Wade a participé aux cérémonies commémoratives organisées à Ziguinchor. Il s’est rendu au cimetière de Kantène, à la périphérie sud de Ziguinchor, pour se recueillir sur les tombes des 42 victimes du naufrage qui y sont enterrées. Une stèle en forme de bateau fait face aux deux rangées de tombes, dont 7 seulement ne sont pas anonymes, les 35 autres corps n’ont pas été identifiés.
Wade s'est ensuite rendus au Port d’où partait "Le Joola" pour assister à la prière commune. 3.000 personnes venues de toutes la région, mais aussi des familles de victimes Européennes, étaient réunies pour rendre hommage aux victimes qui ont péri un an auparavant dans le naufrage.
15 bouquets de fleurs reliés les uns aux autres, représentant les différentes nationalités et régions Sénégalaises des victimes, ont été jetées dans le fleuve Casamance où était parti "Le Joola".
Lors de son discours Wade a souligné que le naufrage du "Joola" n’était pas une fatalité et a encore une fois appelé ses concitoyens à modifier leurs comportements, à lutter contre l'indiscipline, l'incivisme et la négligence : "Je souhaite que les grosses balafres qui enlaidissent le visage de notre beau pays et qui ont noms l’insécurité, l’indiscipline, l’incivisme soient à jamais enlevées et pour cela je souhaite que 2004 soit placée sous le signe de la lutte contre ces fléaux". "Je lance un appel pressant et solennel à chacun pour que les leçons tirées de cette tragédie restent à jamais gravées dans nos comportements et dans nos cœurs. l’Etat et ses services ont décidé de mettre fin définitivement aux comportements et actes générateurs de danger".
"Ce jour de drame, nous avons tous pris conscience du caractère urgent et impérieux d'un changement de comportement".
Ces maux de la société Sénégalaises, l'indiscipline et la négligence, sont invoqués par Wade pour expliquer la catastrophe du "Joola". Mais le Chef de l’Etat n’est-il pas responsable du comportement de son administration et de ses armées ? Pourquoi ne pas donner l’exemple avec de réelles sanctions pénales pour les responsables du naufrage ?
Le Président a redit que dès les premières heures du naufrage l’Etat a posé le principe de sa responsabilité et a demandé que le problème de l’indemnisation soit réglé à l’amiable pour éviter aux parents des victimes de très longs procès. Quant à ceux qui ont décidé de poursuivre l’action judiciaire (les familles Européennes), Wade a annoncé que le Sénégal respectera tous ses engagements et ne s’opposera
pas à ce qu’une juridiction étrangère soit saisie "Je ne voudrais pas qu’on puisse croire que le Sénégal s’oppose à ce qu’une juridiction Européenne ou Américaine soit saisie". "C’est leur droit le plus absolu, je fais confiance à la justice et aux juges français qui appliqueront le principe du droit international".
Dakar la capitale
Cimetière de Mbao
A l'appel du Collectif de Coordination des Familles de Victimes (CCFV-Joola) des centaines de Dakarois, la plupart avec un foulard rouge autour du cou en signe de deuil, se sont retrouvés au cimetière de Mbao pour se recueillir et prier dans le cimetière de la banlieue de Dakar.
A Mbao 139 naufragés non identifiés sont enterrés dans des tombes anonymes, une pancarte avec un numéro sur un tas de sable ...
Après les prières deux gerbes de fleurs ont été déposées par deux orphelins sur les tombes anonymes 1 et 139.
Pendant le recueillement à la mémoire des victimes du naufrage les ouvriers continuaient leurs travaux. Pourquoi avoir attendu un an et ce jour anniversaire pour nettoyer et cimenter le cimetière ?

Les responsables du CCFV-Joola ont demandé aux personnes présentes de quitter les lieux avant l'arrivée du Premier Ministre Idrissa Seck. "Nous ne voulons pas de discours politisés, c’est un jour de recueillement et de souvenirs. Nous refusons qu'on souille la mémoire de nos disparus !" a déclaré Idrissa Diallo, le président du Collectif.
Certaines familles sont restées et ont attendu Idrissa Seck qui est arrivé avant midi accompagné de plusieurs ministres. Il s'est recueilli sur une des tombes, a déposé une gerbe de fleurs sur le monument aux morts en construction avant d’écouter le prêche de l’Imam de Dakar.
Le Premier Ministre est resté quinze minutes au cimetière sans s'adresser aux familles.
Marché Elisabeth Diouf du port de Dakar
Les commerçantes du marché Elisabeth Diouf du port de Dakar ont couvert leurs étals et ont observé une journée de deuil, de prières et de récitation du Coran à la mémoire des leurs, disparues dans le naufrage un an auparavant.
Les femmes du marché "Joola" sont aussi très en colère car elles attendent toujours les tentes promises par le Président Wade au lendemain du naufrage. Des experts sont bien venus pour prendre des mesures, mais depuis un an rien n’a été fait …
Depuis le naufrage, les commerçantes ont d’énormes difficultés pour se rendre à Ziguinchor par la route. "Nos marchandises risquent de pourrir en cours de route. Les autorités nous avaient promis un autre navire, mais jusqu’à présent nous attendons que ces promesses soient concrétisées", regrette Mme Ndiaye, la présidente des commerçantes du marché.
Bassori en Gambie
Le ministre sénégalais de l'Intérieur, Macky Sall, l’ambassadeur en Gambie, les officiels Gambiens et les piroguiers et secouristes intervenus après le naufrage ont participés à une cérémonie de recueillement et de prières dans le cimetière du village de Bassori en Gambie, à 14 km de la frontière avec le Sénégal. 195 corps repêchés sur les côtes gambiennes sont inhumées, 19 tas de sable délimités par des bouts de bois en guise de sépultures et une tombe commune pour les victimes non identifiées.
Macky Sall a renouvelé ses remerciements à la Gambie pour son aide et son soutien au Sénégal durant la catastrophe et a déposé une gerbe de fleurs sur le monument funéraire. Il a remis une enveloppe de 10 millions de F.Cfa (15.245 €) pour aménager le cimetière, le clôturer et construire une stèle en marbre où sera inscrit les nom des victimes identifiées, mais aussi pour permettre la construction d’une mosquée à Bassori.
France
Les membres de l'Association des Familles des Victimes françaises et du Collectif des Sénégalais de France ont célébré le premier anniversaire du naufrage du "Joola" en déposant une gerbe de fleurs devant l’ambassade du Sénégal à Paris.
Une délégation a été reçue par Doudou Diop Salla l’ambassadeur du Sénégal en France. Ils ont exprimé le souhait que toute la vérité soit établie sur ce drame et réclamé que le Gouvernement sénégalais collabore à l’information judiciaire ouverte en France. L’ambassadeur a promis, sur ce point comme sur celui du renflouement du bateau, d’en référer à Dakar et a tenu à leur dire que le Sénégal n’avais rien à cacher dans cette tragédie.
La délégation s’est réjouie de cette ouverture de dialogue, car il faut noter que jusqu’à présent l’ambassadeur avais toujours refusé de les recevoir …
Une délégation de cinq membres a ensuite été reçue à l’Elysée par un proche collaborateur de Jacques Chirac. Ils ont présenté leurs principales revendications, que la France fasse pression auprès du Président Wade pour obtenir l’accélération de la recherche de la vérité sur le naufrage et qu’elle intercède pour que le renflouement du "Joola" puisse se faire le plus rapidement possible.
Le collaborateur du Président Chirac a promis de saisir les services compétents et donnera des réponses dans les jours à venir. Il a aussi soutenu que le Sénégal ne s’oppose pas à ce qu’une juridiction de France ou d’ailleurs soit saisie par les parents des victimes.
L’entretien s’est déroulé en présence d’une représentante du ministère français des Affaires étrangères dont les services au Sénégal contacteront les autorités de Dakar pour étudier les doléances des familles françaises.
26 septembre 2004 - Commémoration du deuxième anniversaire du naufrage
Comme l'année précédente musulmans et chrétiens se sont rassemblés pour prier à la mémoire des disparus dans les trois cimetières du Sénégal et celui de Gambie où sont inhumés les victimes du "Joola".
La première pierre d'un monument dédié aux victimes du naufrage du "Joola" a été posée le 25 septembre 2004 au cimetière Saint-Lazare de Dakar. La cérémonie était présidée par l'archevêque de Dakar, Mgr Théodore Adrien Sarr, représentant l'Eglise catholique qui financera la construction du mémorial.
La première pierre renferme un parchemin portant le nom de toutes les victimes du naufrage, disparus et rescapés.
A Ziguinchor sur la place du marché Escale, en bord de fleuve Casamance, le Premier Ministre Macky Sall a posé la première pierre de la stèle en mosaïque à la mémoire de toutes les victimes du naufrage.
Message de l'AFV-Joola France qui a offert la stèle :
Il y a deux ans aujourd’hui se produisait ce que nous n’aurions jamais pu imaginer, même dans nos pires cauchemars !
Près de deux milles personnes dont la vie s’est éteinte subitement dans d’atroces souffrances au cours de ces longues heures d’angoisse qui ont suivi ce naufrage absurde !
Toutes ces victimes innocentes qui ne demandaient qu’à respirer la vie à pleins poumons et ont péri noyées !
Ce gâchis a meurtri le Sénégal et la Casamance en particulier. Il a détruit la vie de milliers de personnes qui ont perdu leurs proches et ne peuvent faire leur deuil.
Combien de parents revivent toutes les nuits l’agonie de leurs enfants ?
Combien d’orphelins recherchent encore leur mère ou leur père ?
Combien de frères, de sœurs ou d’amis sont toujours attendus dans leurs foyers ?
Combien de rescapés sont encore meurtris dans leur chair et leur esprit ?
Ce drame collectif a aussi atteint d’autres familles africaines et européennes.
Ce deuxième anniversaire de douleur est l’occasion de rendre hommage à nos proches, quels que soient leur nationalité, car nous sommes tous liés par cette catastrophe.
Afin que la mémoire de tous ces êtres humains soit perpétuée, l’Association des Familles des Victimes du Joola et les familles françaises ont fait réaliser une stèle. C’est une mosaïque représentant " Le Joola " et composée de 1.863 tesselles, en l’honneur des 1.863 victimes officielles.
Nous sommes aujourd’hui aux côtés de Monsieur le Maire de Ziguinchor et de son conseil municipal, que je remercie et qui a bien voulu accepter ce geste symbolique, témoignage de notre douleur collective et de notre amitié avec les enfants de ce pays.
Nous avons aussi parmi nous des représentants du village de Birassou , village avec lequel l’AFV-Joola a commencé à tisser de solides liens d’amitiés, et qui ont bien voulu se déplacer pour assister à cette cérémonie.
Ainsi, au nom des familles des victimes françaises, je souhaite que cette stèle, installée en ce lieu, rappelle pour toujours le drame que nous commémorons aujourd’hui.
Que nos morts ne soient jamais oubliés !
Que les familles puissent un jour retrouver leur quiétude !
Qu’une telle catastrophe ne se reproduise plus jamais nulle part !
Bernard MEYZIE – Président de l’AFV Joola
26 septembre 2005 - Commémoration du troisième anniversaire du naufrage
Le matin du 26 septembre 2005, les Casamançais se sont recueillis et ont prié pour le repos de l’âme des naufragés dans le cimetière de Kantène à Ziguinchor.
Le Président Wade a déposé une gerbe de fleurs en la mémoire de l’ensemble des personnes qui ont péri.
La cérémonie s’est poursuivie au port de Ziguinchor devant le "Wilis", le nouveau bateau qui va remplacer provisoirement " Le Joola ". Avant le dépôt d’une gerbe de fleurs dans le fleuve Casamance, le Président Wade a tenu un discours et a demandé au millier de personnes présent sur le quai : " de maintenir cette cérémonie par devoir de mémoire, car ces victimes ne doivent pas être oubliées ".
Wade a encore une fois insisté sur le fait que son gouvernement a pris toutes ses responsabilités face à cette catastrophe : " J’avais, aussitôt après la survenance de cette tragédie, déclaré la responsabilité de l’Etat pour éviter des procès et engager l’ensemble du gouvernement à prendre toutes les actions en direction des victimes et rescapés pour une gestion adéquate, par une procédure diligente et simplifiée ", " Cela a permis d’entreprendre, dans une parfaite collaboration, plusieurs actions, notamment le recensement des victimes, la prise en charge des rescapés, l’assistance psychosociale et administrative aux familles, l’indemnisation de toutes les familles ".
Concernant les orphelins du naufrage Wade promet une nouvelle fois la prochaine résolution de ce dossier : " Le gouvernement suit de près ce dossier; il a adopté le décret déclarant pupilles de la Nation les enfants des victimes du naufrage. Un Office national de gestion des pupilles de la Nation sera instamment installé sous la tutelle du ministère de la Solidarité nationale ".
Pour le remplacement du " Joola ", Wade s’est réjoui de l’arrivée du bateau " Wilis " et a justifié les trois années d’isolement de la Casamance : " L’attente de ce bateau a été longue, mais il fallait nécessairement s’assurer que toutes les conditions de sécurité, de confort et de navigabilité dans l’océan et le fleuve sont réunies pour la reprise de cette liaison Dakar - Ziguinchor. Il fallait également une bonne exploitation du bateau et terminer les travaux d’extension et d’aménagement du port de Ziguinchor ".
Comme tous les ans depuis trois ans, Wade a annoncé sa détermination à désenclaver la Casamance : " En plus de la liaison maritime qui va reprendre dès le mois d’octobre après les essais de Wilis, le désenclavement externe et interne va se poursuivre et se renforcer à travers la construction d’un chemin de fer, des routes Ziguinchor - Cap Skiring, Oussouye - Elinkine et de la boucle du Blouf, ainsi que de la voie de contournement de Gambie ".
Concernant le renflouement de l’épave du " Joola " Wade a annoncé qu’il a donné son accord mais qu’il reste le problème financier : " La seule question qui reste est celle des moyens. Des députés européens avaient promis d’amener l’Union Européenne à s’intéresser à cette affaire, mais à ma connaissance aucune somme n’a été dégagée. J’ai la volonté de participer si l’opération était envisagée.
Je voudrais dire à toutes les familles qu’il s’agit d’un problème complexe, parce qu’il concerne des milliers de victimes, des parents de victimes et en tout état de cause une telle opération ne pourrait se faire qu’avec un consensus de l’ensemble des parents des victimes ". Wade a affirmé que si les moyens techniques et financiers sont réunis, une concertation sera entreprise pour arriver à un consensus : " S’agissant des moyens techniques, j’ai moi-même reçu des Hollandais, des Américains et des Français, mais personne n’a encore indiqué comment on pourrait récupérer l’épave du Joola ".
Wade a ensuite inauguré la " Rue du 26 Septembre 2002 " (ex Rue du Commerce) et la " Place des Naufragés du Joola " en face du marché Escale en bord de fleuve Casamance. Sur cette place a été érigée la stèle en mosaïque, offerte par l'AFV-Joola France, à la mémoire des victimes du naufrage.
L’après-midi une messe a été donnée en la cathédrale de Ziguinchor en présence des associations des familles sénégalaises et Françaises, suivie d’une procession vers la " Place des Naufragés du Joola ".
A Dakar le Collectif de Coordination des Familles de Victimes (CCFV-Joola) a célébré le troisième anniversaire du naufrage au cimetière Saint-Lazare de Béthanie.
" Seigneur, nous n'avons pas oublié, nous ne devons pas oublier, ne les oublie pas toi non plus ".
C’est par cette prière que l’archevêque de Dakar, Théodore Adrien Sarr, a inauguré le mausolée à la mémoire des naufragés du " Joola " au cimetière Saint-Lazare.
Le mausolée de forme circulaire suggère un fragment de navire avec un mat en forme de croix à la branche horizontale en croissant lunaire. La croix des catholiques et le croissant de lune des musulmans. Quatre pans de granit où sont inscrits les noms des disparus à l’intérieur desquels des panneaux vitrés plongent dans l’eau rappelant la tragédie.
Ce mausolée permet aux nombreuses familles catholiques et musulmanes qui n’ont pas retrouvé les corps de leurs proches d’avoir un endroit pour se recueillir. Mais il rappellera aussi aux générations présentes et futures la tragédie et les négligences humaines qui en sont la cause, un devoir de mémoire pour que pareille catastrophe ne se reproduise plus …
Les familles de victimes se sont ensuite retrouvées à Mbao pour se recueillir et prier dans le cimetière de la banlieue de Dakar où 139 naufragés non identifiés sont enterrés dans des tombes anonymes.
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