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Enquêtes sur les causes du naufrage

 


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Pourquoi " Le Joola " a t'il coulé ?

"Coupable négligence ... Il n'aurait jamais dû prendre la mer", titrait en première page le journal Sénégalais Sud Quotidien le 28 septembre 2002, le lendemain du naufrage.
Le Joola qui n'a pas encore complètement coulé
Le journal Le Soleil posait quelques questions :
Peut-on simplement dire qu'aucune cause technique n'est à l'origine du drame ? Que tout était au point et que les deux moteurs, dont l'un avait été le grand absent du voyage inaugural, fonctionnaient à merveille ? Que seule la fatalité, est à l'origine du drame ? Peut-on simplement incriminer le temps alors qu'un bateau est aussi fait pour naviguer sous la tempête ? C'est un secret de polichinelle que l'état du bâtiment s'était au fil des ans dégradé, et qu'il était émaillé d'incidents quasi-récurrents qui avaient conduit à son immobilisation pendant près d'un an. L'a-t-on alors lancé prématurément à la mer sans qu'il en ait les vraies aptitudes ? Avait-il toutes ses capacités techniques pour faire la navette entre Dakar et Ziguinchor ?




"Démagogie criminelle" accuse lui aussi le quotidien Walfadjri qui énumère les insuffisances techniques et négligences qui ont précipité " Le Joola " et ses passagers au fond de l'eau.

"Le désenclavement géographique de la région Sud vaut bien quelques entorses insensées aux règles de sécurité minimales : entasser autant de personnes sur un bateau, dont un des deux moteurs avait été rafistolé de toutes pièces pendant que l'autre était en rodage" s'indigne Walfadjri qui s'interroge : "comment peut-on cultiver un tel degré de légèreté et d'irresponsabilité quand il s'agit de protéger la vie de centaines de passagers ?".

Pourquoi l'alerte n'a-t-elle été déclenchée qu'à 8h du matin alors que le navire a fait naufrage à 23h ?
Pourquoi aucun appel de détresse n'a-t-il été reçu ?




Enfants à la mairie de Dakar avec les photos des victimes




Au lendemain du naufrage le Président Wade a demandé au ministère des Armées et au ministère des Transports un rapport détaillé sur les circonstances de l'accident et la gestion du " Joola ".

Il les a rendus car très incomplets à son avis. Il faut dire que ces deux ministères étaient complètement impliqués dans le fonctionnement du " Joola " (son acquisition, ses réparations et sa gestion) et par conséquent directement mis en cause dans le naufrage ! ...

Les deux ministres Youssouph Sakho de l'Equipement et des Transports et Youba Sambou des Forces Armées ont officiellement "démissionné" dès le 1er octobre.





Enquêtes des ministères des Armées et des Transports


Le Joola au port de Dakar
Selon ces enquêtes " Le Joola " s'est renversé lors d'un mouvement massif des passagers qui se sont précipités en masse du côté bâbord du pont pour se protéger d'une violente bourrasque de vent. Ce mouvement de foule a provoqué le déséquilibre final du bateau qui était déjà en équilibre précaire.

Le rapport, sans donner un chiffre global et sans parler des personnes embarquées sans billet, indique qu'à Ziguinchor 655 billets de 3° classe, pour une capacité de 350 places, 110 de 2° classe, pour une capacité de 150, 44 de 1° classe, pour une capacité de 50, ont été vendus. Le surplus constaté en 3° classe ne pouvait se trouver qu'au pont supérieur du bateau, ce qui a été confirmé par des rescapés et des témoins.

A Carabane les 185 personnes munies de billets ont aussi rejoint en grande partie le pont supérieur. Environ 500 passagers étaient entassés sur le pont.

La catastrophe est non seulement due à la surcharge des passagers mais également à la manière dont l'équipage a disposé les marchandises à bord. Du fret était chargée sur le pont, en plus des 500 passagers, au lieu d'être placée dans les cales, ce qui a fait remonter le centre de gravité et diminuer sa stabilité, le rendant ainsi moins apte à faire face à de mauvaises conditions climatiques. De plus, les véhicules embarqués n'étaient pas arrimés …

La gîte constatée au quai de Ziguinchor serait due au fort courant entrant avant l'appareillage, et non à un quelconque défaut technique du bateau. Cependant, relèvent les deux rapports, le navire se trouvait en état évident de surcharge. A Ziguinchor, d'où était parti "Le Joola", et à Carabane, où il avait fait escale, le navire a embarqué des personnes en dehors du manifeste, élément de référence pour l'équipage pour apprécier le poids et le centrage réels du bateau. Les chiffres officiels faisant état de 1.034 personnes à bord au moment du naufrage établissent que la surcharge est avérée, la capacité du " Joola " étant fixée par le constructeur à 550 passagers.

Le ministère des Transports relève que la méthode de navigation du " Joola ", défiant toutes les normes de sécurité maritime, n'offrait aucune visibilité dans la gestion de la capacité du ferry. La capacité d'évacuation d'un navire de passagers doit être le double des personnes embarquées, ce n'était pas le cas du " Joola ". Le capitaine, un officier de marine, n'était pas habilité à opérer comme commandant de bord sur un navire marchand, du moins sur la base des conventions internationales.

L'équipage, pris dans l'épicentre de la tempête a été surpris et n'a pas pu déclencher les procédures d'alerte. Les équipements de sauvetage filmés par des plongeurs n'ont pas été déclenchés.

" Le Joola ", construit en Allemagne par la société MAN, a été acquis par le Sénégal à sa sortie d'usine en 1990, et mis en service la même année. Il avait enregistré plusieurs pannes, notamment au niveau du moteur principal bâbord en août 2001. Il avait été immobilisé pendant un an avant que ce moteur ne soit remplacé. La demande de rénovation du second moteur n'a pas été satisfaite, le moteur tribord a seulement eu droit à une révision et au remplacement de quelques pièces. Les techniciens sénégalais et allemands ont également effectué sur le bateau des travaux de carénage, visite de la coque et contrôle de son étanchéité, de juillet à août 2002 dans les chantiers navals de Dakar. Du 20 au 23 août, il avait été procédé à des essais à quai et en mer qui avaient donné des résultats satisfaisants.

La marine nationale a autorisé la reprise des rotations à compter du 10 septembre 2002 avec une rotation par semaine au lieu de deux et la limitation de la rotation des moteurs à 800 tr/mn pour une vitesse de 11 nœuds au lieu des 12 nœuds habituels du " Joola ".
Les rapports affirment que depuis la remise en service du bateau le 10 septembre 2002, l'ensemble des deux moteurs de propulsion, des trois groupes électrogènes, des équipements de navigation, de communication, de sécurité et de manœuvre fonctionnaient dans des conditions "acceptables" ...

D'après le rapport du ministère des Forces armées, les travaux d'entretien et de réparation du bateau ont été régulièrement effectués. Lors de sa visite technique annuelle du 23 septembre 2002, trois jours avant son naufrage, les deux rapports affirmaient que " Le Joola " présentait des moteurs en état satisfaisant et un bon état "apparent" de navigabilité ...
" Le Joola " était en " apparence " en état de naviguer, mais il avait été tout de même suggéré de vérifier les appareils de communication, d'embarquer des signaux de détresse, douze fusées parachutes, six feux à main et deux fumigènes orange, de réparer le groupe électrogène, la pompe hydrofore, le compresseur de climatisation du poste de contrôle, de changer des joints d’étanchéité ...

Ces prescriptions n'ont pas été jugées de nature à immobiliser " Le Joola " trois jours avant de couler ! ...



> Rapport du ministère de l'Equipement et des Transports

> Rapport du ministère des Armées



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