Retour Accueil Kassoumay
 


Gestion du naufrage par le gouvernement du Sénégal

 


> Accueil

> Le Joola

> Secours

> Après Naufrage
   > Familles
   > Epave Joola
   > Anniversaires

< Gouvernement

> Enquêtes
   > Sanctions
   > France


Beaucoup de promesses mais peu d'actions !



Le président Abdoulaye Wade A Dakar, Le 29 septembre 2002 deux jours après le naufrage, des milliers de personnes se sont rassemblés devant le palais du Président pour exprimer leur colère et demander des explications sur ce drame. Le Président Abdoulaye Wade est sorti pour leur déclarer "ma conviction est qu'il y a eu un cumul de fautes". "Le bateau a chaviré à cause d'un surplus de passagers et de fret. La responsabilité de l'Etat est évidente. S'il y a des responsables, à quelque niveau qu'ils soient, ils seront sanctionnés". Il a promis une enquête sur les circonstances du naufrage et que les familles des victimes seraient indemnisées.



Discours du Président Abdoulaye Wade le 1er octobre 2002

Mesurant la gravité de la situation et la colère grandissante de la population Wade a promis
"toute la vérité sera dite dans cette affaire et tous les responsables seront sanctionnés"


Abdoulaye Wade le Président du Sénégal
Sénégalaises, Sénégalais,
Mes Chers compatriotes,

Notre pays vient d'être durement frappé par une immense tragédie qui a coûté à notre peuple plus d'un millier de personnes, hommes, femmes et enfants. Notre douleur est insondable, notre malheur incommensurable, tant le désastre par son étendue touche toutes les catégories ethniques, sociales et religieuses de notre pays.
Bien sûr, le destin est le fait du Tout Puissant mais Dieu nous a aussi doté de liberté, donc de responsabilité dans les actes que nous commettons et qui peuvent précipiter le cours des choses. Le choc par sa soudaineté, sa violence et son ampleur, a jeté dans le désarroi les familles, les amis, les parents des victimes et tout simplement nos concitoyens.
Les Sénégalais de tous les niveaux doivent se regarder dans les yeux, comprendre et dire pourquoi cela est arrivé. Cet examen de conscience fait avec lucidité, courage et impartialité nous préservera, peut-être, à l'avenir, de pareilles catastrophes.
Dès le départ, ma conviction a été qu'il y avait quelque part des manquements et fautes successives ou concomitantes, dont le cumul est à l'origine de la tragédie. Les premières informations le confirment, de même que les rapports que j'ai reçus des deux Ministères impliqués dans le lancement et le fonctionnement du Joola, à savoir le Ministère des Transports et le Ministère des Forces Armées.

Sénégalaises, Sénégalais,
J'ai décidé que la vérité, toute la vérité sera dite dans cette affaire. Aussi me fais-je le devoir de vous rendre compte des dispositions concrètes que j'ai prises depuis la survenance du drame, et cela, au-delà des mesures de sauvetage entreprises par le Gouvernement qui a immédiatement déclenché le plan ORSEC.
- J'ai aussitôt demandé aux deux Ministères impliqués de m'établir chacun pour le lundi à 18H un rapport technique sur les causes lointaines et immédiates de l'accident, en accompagnant mes instructions de termes de référence précis.
- J'ai institué par décret une Commission Technique comprenant non seulement ces deux Ministères mais en outre des représentants des organisations de navigation marchande, des parents des victimes ainsi que d'un expert d'accident maritime envoyé par la France. Ce dernier est déjà arrivé à Dakar.
- J'ai commis l'Inspection Générale des Armées pour procéder à une enquête et me déposer un rapport sur les responsabilités dans la commission de l'accident, dans l'organisation de la surveillance maritime à l'heure du drame et aux heures qui ont suivi jusqu'aux premiers secours, sur les responsabilités dans le choix du bateau avec ses caractéristiques techniques sur les réparations et tout autre fait pouvant nous éclairer.
Au plan politique, j'ai reçu la démission du Ministre de l'Equipement et des Transports et du Ministre des Forces Armées dont les départements sont impliqués dans l'acquisition du bateau, les réparations, la maintenance et la gestion.
L'enquête approfondie de la Commission Technique va situer les responsabilités. Parallèlement, j'ai demandé au Chef d'Etat Major Général et au Haut Commandement de la Justice Militaire de me proposer des sanctions au cas où des fautes seraient relevées.

Après avoir pleuré nos morts et prié pour eux, nous nous devons de faire notre introspection et admettre que les vices qui sont à la base de cette catastrophe trouvent leur fondement dans nos habitudes de légèreté, de manque de sérieux, d'irresponsabilité, parfois de cupidité lorsqu'on tolère des situations qu'on sait parfaitement dangereuses simplement parce qu'on en tire un profit.
La tragédie qui a frappé notre pays doit être intégrée dans notre conscience collective et nous amener, à quelque échelon que nous soyons, à faire notre examen de conscience afin que cela ne se reproduise plus.
Nous devons être conscients que nous vivons une époque de technologie qui entraîne les foules à se retrouver au même endroit ou dans les mêmes moyens de transport et surtout nous dire qu'un seul manquement, une seule défaillance de notre part, une erreur ou une faute peut entraîner mort d'innocents.
Vous comprendrez que je sois plus que jamais décidé à éliminer toute tolérance d'actes de nature à déboucher sur pareille hécatombe. J'en appelle à vous tous, à votre conscience de citoyen pour faire en sorte que le Sénégal ne soit plus jamais cité au palmarès de catastrophes ayant à leur base une faute humaine.

Les circonstances m'avaient conduit à décider, au-delà des personnes identifiées qui doivent être remises à leurs parents, de créer trois cimetières : Ziguinchor, Kafountine, dans la proximité des lieux de survenance du naufrage, Dakar. J'ai pris cette décision après avoir consulté tous les Chefs religieux, chrétiens et musulmans qui ont estimé qu'un cimetière national sans considération de confession religieuse ou d'ethnie est conforme à nos croyances.
Je voudrais préciser que des instructions ont été données pour que chaque corps ait sa tombe personnelle.
Ce matin, nous avons du, avec les autorités gambiennes, accepter un nouveau cimetière en Gambie pour les corps déposés sur la plage par les vagues dans un état qui ne permettait plus le transport.
Les victimes seront indemnisées. Une Commission des indemnisations va être mise en place autour de l'Agence Judiciaire de l'Etat. Les représentants des familles des victimes en seront membres.
Comme je l'avais dit, un Mémorial sera édifié à un endroit qui sera choisi d'un commun accord et selon une conception qui sera soumise à l'agrément de toutes les parties.

Je renouvelle mes condoléances aux parents, aux amis, à toute la nation. Des prières vont être dites au Port par les différentes confessions religieuses qui choisiront un jour de prières communes. Mais j'ajouterai que ces prières devront se prolonger de façon permanente dans les églises et les mosquées.
Dans ce sombre tableau d'un drame national sans précédent, nous devons quand même relever quelques signes de fierté. D'abord rendre hommage à tous les naufragés, marins du bateau, simples passagers ou marins de chalutiers accourus qui, au péril de leur vie, malgré l'épuisement, se sont engagés à sauver d'autres naufragés jusqu'à la limite de leurs forces.
Je félicite aussi tous les services qui dès l'information du drame, se sont dévoués corps et âmes pour sauver des victimes sur place ou pour les transporter vers les différents centres hospitaliers. Je confonds dans ces félicitations le corps médical, médecins, infirmiers qui se sont mobilisés, sans interruption pour recevoir les malades, les psychologues qui ont compris qu'ils pouvaient aider les rescapés à surmonter les souvenirs de la tragédie qu'ils ont vécue, les parents désorientés à absorber le choc, la société civile qui s'est mobilisée pour accompagner les efforts de l'Etat en vue d'assister les familles des victimes. J'ai relevé la bonne organisation des secours, du transport des corps, de leur acheminement vers les différents centres hospitaliers.

Je voudrais terminer en remerciant très sincèrement le Gouvernement Gambien et les citoyens gambiens qui ont considéré ce drame comme frappant le même peuple et, aussitôt, ont décidé de prendre toutes les mesures requises par la situation. Ce geste spontané de fraternité fait partie de ces gestes qui marqueront l'histoire commune du Sénégal et de la Gambie.
Enfin, mes remerciements s'adressent à la France et aux Pays-Bas qui ont amené des secouristes et des engins dès la réception de notre appel de détresse.
Au total, ce malheur aura été aussi l'expression d'une solidarité africaine et internationale, particulièrement puissante. C'est pourquoi, je tiens à exprimer ma gratitude à tous les Chefs d'Etat et de Gouvernement ainsi qu'à toutes les personnalités du monde qui ont tenu à nous exprimer leur compassion.

Mes Chers compatriotes,
Tels sont les messages que je me devais de vous transmettre en ces heures graves que traverse notre pays : pleurons nos morts, prions pour eux mais en même temps, faisons notre examen de conscience pour nous remettre en cause afin que des faits pareils ne se reproduisent plus.
Les nombreuses fautes relevées seront sanctionnées, sans précipitation mais avec diligence et dans la lucidité, sur la base des enquêtes.
Et pour finir, je pense que la leçon républicaine à tirer de ce drame est que chaque citoyen a un droit à la sécurité qui ne doit pas être compromise par les comportements des autres. Ce droit à la sécurité pour chaque citoyen doit être inscrit en lettres flamboyantes dans le ciel afin que nul ne puisse jamais s'en détourner et que sa permanence nous arrime pour toujours aux sources de nos devoirs.

Sénégalaises, Sénégalais,
Etrangers qui vivez parmi nous,
Que Dieu vous préserve et protège notre pays.







Wade a annoncé, lors de ce discours radio-télévisé, que les deux ministres Youssouf Sakho des Transports et Youba Sambou des Forces Armées ont "démissionné". Mais ils seront vite réhabilités, voir interview de Wade en mars 2003, Youssouf Sakho est devenu Conseiller du Président Wade pour le NEPAD, et Youba Sambou directeur général du Conseil Sénégalais des Chargeurs (COSEC) !!! ...





Les nombreuses promesses du Président Wade lors de sa visite à Ziguinchor


Cimetière de Kantene à Ziguinchor Le 4 octobre 2002, Wade s’est rendu au cimetière de Kantene à la périphérie de Ziguinchor pour rendre hommage aux victimes du naufrage enterrées là.

Un cimetière improvisé au milieu des arbres où deux rangées de sépultures accueillent 41 victimes. Des inscriptions sur les stèles des rares victimes identifiées et une simple pierre tombale peinte à la chaux pour les anonymes.


Wade au cimetière de Kantene



Wade s’est ensuite rendu à Ziguinchor pour présenter ses condoléances aux ziguinchorois. C'est la ville qui compte le plus de victimes du naufrage, 971 recensées dont 112 habitaient Tilène le quartier le plus touché.

60 % sont des jeunes élèves et étudiants, quelques 200 orphelins ...

"Toute la vérité sera faite dans cette affaire et les responsables, sans exclusion, seront sanctionnés et nul ne sera épargné", a redit Wade de vive voix aux Casamançais, en ajoutant que "puisque l'Etat a accepté d'être responsable, il faut maintenant que l'Etat indemnise les familles des victimes".



La couronne de Ziguinchor aux funérailles nationales de Dakar
Pour le Président "on ne fera jamais assez pour la Casamance et sa population lorsqu'on a perdu des jeunes sur lesquels la construction de la Nation repose". L'Etat a décidé de prendre en charge la formation et l'éducation de tous les enfants mineurs dont les parents ont péri dans le naufrage et qu'un milliard de F.Cfa sera prélevé dans le budget du Ministère de la Jeunesse pour financer des projets en faveur des jeunes de la Casamance.

Wade a annoncé qu'il a aussi demandé au gouvernement de faire le maximum d'efforts pour multiplier les écoles en Casamance sans commune mesure avec ce qui se fait dans les autres régions. Il a aussi souscrit à l'idée des étudiants pour la création d'une université à Ziguinchor.

Le gouvernement Sénégalais se doit de placer en tête de ses priorités le rétablissement au plus vite d'une liaison maritime avec le nord du pays pour sortir la région de son isolement. Wade a ainsi annoncé sa décision d'acheter deux bateaux neufs, un pour le transport du fret et l'autre pour les passagers.


De nombreuses promesses difficiles à tenir par le président Wade ! ...






Etudiants Casamançais lors des funérailles nationales à Dakar La région est doublement touchée par ce drame, la majorité des victimes sont Casamançaises et la perte du bateau les isolent une fois de plus.

Lors des journées régionales de solidarité du 18 au 20 octobre 2002, le collectif des étudiants Casamançais ont rappelé au Président Wade ses promesses du 4 octobre dernier et ont exigé la construction d'une université à Ziguinchor. Ils ont surtout a annoncé que 300 à 400 étudiants de la région auraient péri dans le naufrage.

Quasiment la totalité de la future élite de Casamance ...






Idrissa Seck et Abdoulaye Wade
Le 5 novembre 2002 la Premier Ministre Mame Madior Boye et tout le gouvernement sont démis de leurs fonctions.

Aucune explication officielle n'a été fournie, mais le même jour la commission d'enquête technique a rendu son rapport à Wade ! ...


Idrissa Seck, directeur de cabinet du président Abdoulaye Wade et numéro deux de son parti, a été nommé Premier Ministre.






L'Etat a mis en place dès octobre 2002 une commission chargée de recenser l'ensemble des victimes, d'aider à la constitution des dossiers d'indemnisation et de déterminer le montant des indemnités.

Tâche difficile car beaucoup de victimes n'apparaissaient pas sur les listes officielles !

Pour activer les indemnisations le Collectif de Coordination des Familles de Victimes (CCFV-Joola) a rédigé un document "Processus de règlement des questions liées à l’indemnisation" destiné à l’Etat. Mais le Gouvernement n'a jamais répondu à cette proposition des familles ...


En décembre 2002, le gouvernement a annoncé qu'il a prévu une enveloppe de 8 milliards de F.Cfa (12 millions d'euros) dans le budget 2003 pour le dédommagements des victimes du naufrage. Une somme dérisoire ! ...




Marche des familles de victimes le 14 décembre 2002 à Dakar






Message de nouvel an 2003 du Président Wade

Le 31 décembre 2002 dans son message de nouvel an, Wade a renouvelé ses condoléances aux parents des victimes du " Joola " et a réaffirmé : "Par mes actes quotidiens, les familles endeuillées doivent savoir que la lumière sera faite entièrement, les sanctions prononcées et appliquées, les justes indemnités versées avec diligence".

Pour expliquer les lenteurs dans l'indemnisation des victimes Wade a accusé les Sénégalais : "Les retards ne sont pas du fait du Gouvernement qui a fait ce qu'il fallait faire, mais de Sénégalais qui ont profité de cette tragédie pour s’enrichir en faisant de fausses déclarations à la Commission d'identification des victimes. La Commission d'Identification estime que sur 1.695 passagers déclarés, il y a au moins près de 400 cas de fausses déclarations du fait de personnes qui ont voulu profiter de cette tragédie et assouvir leur soif d'argent. Il s'ensuit que le traitement du dossier prendra un peu plus de temps. Bien que comprenant l'empressement des ayants droit, nous ne pouvions pas avancer dans la précipitation et la confusion. C'est pourquoi les cas qui font l'objet d'une identification sans conteste devront être immédiatement réglés. Les autres suivront au fur et à mesure que l'éclairage sera fait".

Wade a même menacé de saisir la justice : "La fausse déclaration étant assimilable à l'escroquerie, le Parquet sera saisi". Et étrangement il a critiqué le travail de la Commission d'enquête : "Il faut le dire, la Commission d'enquête investie de notre confiance n'a pas su prendre ses responsabilités, en instruisant les présumés responsables à charge et à décharge".

En résumé Wade se blanchit de façon pas très élégante. Si les familles des victimes ne sont pas indemnisées c'est la faute des Sénégalais, et si les responsables du naufrage ne sont pas en prison c'est la faute de la Commission d'enquête !!! ...





Cercueils des victimes sur le port de Dakar au lendemain du naufrage






Le Président Wade, interviewé le 22 mars 2003 par le journal Wal Fadjri blanchit les anciens ministres des Transports et des Armées
Youssoupha Sakho et Youba Sambou et s'étonne des lenteurs de la justice ! ! !


Abdoulaye Wade Dans le cadre de la gestion du dossier de l'après-Joola, on a vu un moment deux ministres du gouvernement qui ont démissionné et quelque mois après on les retrouve l'un ministre conseiller et l'autre à la tête du Cosec ? ...
Wade : "C'est simplement une question d'appréciation. Sur le coup, on doit prendre des mesures. Les mesures que j'ai prises sur le coup, c'est de mettre fin aux fonctions du chef d'Etat-Major de la Marine en raison de ses responsabilités. C'est aussi de suggérer la démission à ces deux ministres. Mais après, on s'est rendu compte que ces ministres n'avaient pas en réalité de responsabilités. Je ne vois pas du tout ce que le ministre des Transports a pu avoir comme responsabilités dans "Le Joola" ou le ministre des Forces armées. C'est pourquoi, sans les faire revenir au gouvernement, on leur a donné d'autres fonctions".

Mais pourquoi n'y a-t-il pas eu de sanctions ?
Wade : "J'ai donné le dossier à une commission. Elle n'a pas voulu se prononcer. Lorsque la commission a parlé des fonctions sans parler des individus, cela m'a surpris parce que c'est un refus d'assumer des responsabilités. Je leur ai écrit pour leur dire mettez-moi des noms. Ils n'ont pas voulu et se sont révoltés. Ça aussi, c'est sénégalais, on n'assume pas des responsabilités. Mais quand je leur ai donné ce dossier, ils auraient pu me dire qu'ils ne pourraient pas le faire. Maintenant, le dossier est passé à la justice. C'est la justice qui doit apprécier les responsabilités pénales. Moi, j'avais deux choses à faire en tant que chef supérieur des armées, à savoir sanctionner le chef d'Etat-Major de la marine et demander au chef d'Etat-Major général d'infliger des sanctions à tous ceux qui, dans l'armée, étaient directement ou indirectement impliqués. Et il y a une série de sanctions qui ont été faites, mais le reste des sanctions, c'est le tribunal".

En tant que juriste, mais aussi en tant que personne qui a tout le temps lutté contre l'impunité, n'êtes-vous pas étonné par ces lenteurs de la justice, parce que jusqu'à présent, personne n'a été inculpé, personne n'a été entendu par un juge d'instruction sur ce dossier ?
Wade : "Je vous assure que vous avez parfaitement raison. Mais dès qu'on parle de la justice, on dit que le président se mêle de ce qui ne le regarde pas. On évoque la séparation des pouvoirs. Or celle-ci est en vérité mal interprétée. Le président étant le chef suprême de l'Etat, sans s'immiscer dans la fonction interne d'un pouvoir, il doit veiller à ce que ce pouvoir fonctionne. Quand la justice a des lenteurs, j'ai le droit de dire que cela ne marche pas. J'ai saisi le ministre de la Justice pour lui dire que la justice ne marche pas et les magistrats me disent : "Nous, on est trop peu nombreux pour le travail qu'on nous donne". Il y a les syndicalistes qui sont restés en prison pendant combien de temps sans qu'on ne les interroge au fond. Cela n'est pas normal. Il y a beaucoup de cas comme ça, c'est un dysfonctionnement, mais le président de la République n'a pas beaucoup de pouvoirs pour actionner cet ordre judiciaire".






Etudiants Casamançais présents aux funérailles nationales à Dakar le 11 octobre 2002







Le Premier Ministre Idrissa Seck à Ziguinchor le 18 juillet 2003

Le temps des promesses et des actions incomplètes est terminé et l'heure est à l'action concrète

Transport d'une victime au port de Dakar
Le Premier Ministre Idrissa Seck a prononcé, le 18 juillet 2003 sur la place de Gao à Ziguinchor, un discours à l’intention des Casamançais dans lequel il a pris des engagements pour la relance du développement social et économique de la Casamance, son désenclavement, la réhabilitation des routes, la construction de nouveaux lycées ... Il a rappelé que le gouvernement a mis en place le programme spécial Casamance, doté de 140 milliards de F.Cfa (213,4 millions €), et a déclaré "Le temps des promesses, des actions incomplètes et discontinues est terminé et l'heure est à l'action concrète et cohérente de l'Etat et de ses partenaires en Casamance".

Parmi la série d’engagements en faveur de la Casamance Idrissa Seck a annoncé la prochaine mise en service de deux bateaux pour remplacer " Le Joola ". Il a déclaré "Comme vous, je suis impatient de voir la liaison maritime Dakar - Ziguinchor rétablie, mais je la veux et je l’exige plus efficace, plus rapide, plus sûre. C’est pourquoi j’ai donné des instructions au ministre de l’Equipement pour affréter deux bateaux au lieu d’un, de sélectionner des bateaux qui feront le trajet en sept heures au lieu de quinze, qui navigueront donc exclusivement de jour. Mon espoir est de pouvoir vous annoncer la date exacte de mise en service des deux bateaux avant le 26 septembre, date anniversaire du terrible drame qui nous a endeuillé l’année dernière". Il a aussi annoncé que le port de Ziguinchor sera complètement réhabilité.

Idrissa Seck avait déjà annoncé le 3 février 2003 que grâce à la bonne tenue des finances publiques et à la qualité du soutien de ses partenaires, l'argent était disponible pour l'acquisition d'un nouveau bateau, le dossier technique prêt, 20 courtiers saisis et l’affréteur choisi ...

Le montant des indemnisations, 5 millions de F.Cfa (7.622 €) par victime du naufrage, est confirmé par Idrissa Seck qui a dit "La vie humaine ne peut souffrir d’aucune surenchère monétaire, et sans aucune volonté arbitraire l’Etat s’est évertué à atteindre les limites budgétaires dans son assistance à ces familles. C’est ainsi que le ministère du Budget a décaissé une avance de trésorerie d’un milliard de F.Cfa (1,5 millions €) pour permettre à l’Agent judiciaire de l’Etat, dès mardi, d’établir les titres de paiement aux mandataires des familles ayant constitué les dossiers complets reçus par la commission d’indemnisation".





Lors du conseil des ministres du 19 septembre 2003, le Premier Ministre a informé de la décision du Président Wade de doubler à 10 millions de F.Cfa (15.245 €) le montant de l’indemnité à verser aux rescapés et aux familles des victimes. En attendant la mise en place des crédits, le Gouvernement a décidé d’accorder une avance de 5 millions de F.Cfa (7.622 €). L’autre moitié de l’indemnisation est repoussée à 2004 …


La commission d'indemnisation des familles des victimes a commencé le 29 septembre 2003 le paiement du premier acompte des indemnités. Après vérifications des nombreux documents administratifs, jugements de décès, certificats d’hérédité, justificatifs de procuration … Les familles doivent aussi signer un document intitulé "Protocole d’accord de transaction" qui les engagent à renoncer à toute action judiciaire !!! ...
Le protocole stipule " Les parties conviennent, par des concessions mutuelles, de mettre fin à toute contestation relative aux conséquences dommageables causées par le naufrage. La transaction emporte la renonciation définitive des parties à toutes autres prétentions ou actions judiciaires ".







Wade à l’émission "Rideau Rouge - Les leçons du Joola" sur TV5

Il justifie la décision de classer sans suite le dossier pénal


Abdoulaye Wade Lors de l’émission Rideau Rouge consacrée au naufrage du " Joola ", diffusée sur TV5 le 23 octobre 2003, Le Président Wade a répondu aux questions du journaliste Claude Sérillon.

Le Président s’est expliqué sur sa décision de reconnaître la responsabilité civile de l’Etat dès le lendemain du naufrage. Il a déclaré que c’était pour venir au secours des victimes, en allant au-devant il a voulu éviter une longue et pénible action judiciaire : "Discutons simplement sur le montant de votre réparation, je vous fais gagner du temps".

Il a aussi redit qu’il n’a pas jugé satisfaisant le rapport de la commission d’enquête qu’il a lui-même déclenché : "Il y a eu une accumulation de mensonges, les gens n’ont pas été courageux …".


Si Wade a reconnu la responsabilité de l’Etat dans le naufrage, il a aussi parlé des responsabilités individuelles en expliquant qu’il a eu le sentiment que les victimes avaient commis des fautes : "Il y a eu une chaîne de responsabilités dans le naufrage du " Joola ", une chaîne qui va jusqu’aux usagers", "Ils savaient bien qu’il y avait surcharge", "une personne qui, comme dans un train ou dans un avion, entre dans un navire sans billet, c’est une faute !".

Wade a justifié la décision du procureur de classer sans suite le dossier pénal : "Le procureur qui a été saisi de plaintes a considéré que les éléments d’un délit n’étaient pas rapportés et qu’il n’y avait pas lieu à poursuite". Mais il a reconnu que si l’action pénale est close, l’action civile elle est encore possible. Il a annoncé : "L’on peut toujours statuer sur la non-assistance à personnes en danger", en prévenant : "Une victime peut toujours aller au tribunal pour demander la réparation de son préjudice, mais il n’est pas sûr qu’elle puisse gagner à 100%". "Il n’est pas évident que l’Etat soit totalement responsable. Nous allons le voir en France lorsque les gens iront devant les juridictions", "A leurs risques et périls", "Le problème de compétence sera soulevé et d’autres comme la responsabilité des victimes qui doit entrer pour 10% ou 20%".

Sur le renflouement du " Joola ", Wade a déclaré que c’était son option dès les heures qui ont suivi le drame. Il souhaitait ramener le bateau sur la plage pour matérialiser les conséquences du comportement des Sénégalais. Mais l’opération était trop onéreuse, hors de portée du Sénégal. Il ne voulait pas non plus que cela cause un deuxième traumatisme au familles. Il a annoncé que si les parents des victimes sont d’accord il ne voyait pas d’inconvénient à ce que l'Union Européenne organise le renflouement de l’épave.





Siège du CCFV-Joola à Dakar




Liaison maritime Dakar - Ziguinchor

Le budget 2004 du Gouvernement prévoyait une enveloppe de 3 milliards de F.Cfa (4,6 millions €) pour l’achat d’un bateau. Avec les 4 milliards de F.Cfa (6 millions €) mis à la disposition du Sénégal par l’Allemagne, l'Etat disposait de 7 milliards de F.Cfa (10,6 millions €) pour rétablir la liaison Dakar-Ziguinchor en 2004.

Mais rien n'a été fait avec ce budget en 2004 ! ... C'est en fin d'année seulement que le Sénégal a annoncé la location en Indonésie du "Wilis", un bateau d'occasion, en attendant l'acquisition d'un bateau neuf.


Wilis le remplaçant du Joola Le 3 juin 2005, le " Wilis " est réceptionné au Port autonome de Dakar. Ce bateau d'occasion construit en 1999 en Indonésie est affrété par le Sénégal pour 60 millions de F.Cfa par mois (91.500 €).

462 passagers et 100 tonnes de marchandises peuvent embarquer sur le bateau.

Mais contrairement au " Joola " il ne transporte pas de véhicules et ne fait pas escale à Carabane.

Les passagers embarquent dans 10 cabines pour quatre personnes avec sanitaires privés, 302 couchettes et 120 fauteuils "pullmans".



Le 26 septembre 2005, pour la cérémonie de commémoration du troisième anniversaire du naufrage, le Président Wade a tenu un discours au millier de personnes présent sur le quai du port de Ziguinchor.

Wade a encore une fois insisté sur le fait que son gouvernement a pris toutes ses responsabilités face à cette catastrophe : " J’avais, aussitôt après la survenance de cette tragédie, déclaré la responsabilité de l’Etat pour éviter des procès et engager l’ensemble du gouvernement à prendre toutes les actions en direction des victimes et rescapés pour une gestion adéquate, par une procédure diligente et simplifiée ", " Cela a permis d’entreprendre, dans une parfaite collaboration, plusieurs actions, notamment le recensement des victimes, la prise en charge des rescapés, l’assistance psychosociale et administrative aux familles, l’indemnisation de toutes les familles ".

Concernant les orphelins du naufrage Wade promet une nouvelle fois la prochaine résolution de ce dossier : " Le gouvernement suit de près ce dossier; il a adopté le décret déclarant pupilles de la Nation les enfants des victimes du naufrage. Un Office national de gestion des pupilles de la Nation sera instamment installé sous la tutelle du ministère de la Solidarité nationale ".

Pour le remplacement du " Joola ", Wade s’est réjoui de l’arrivée du bateau " Wilis " et a justifié les trois années d’isolement de la Casamance : " L’attente de ce bateau a été longue, mais il fallait nécessairement s’assurer que toutes les conditions de sécurité, de confort et de navigabilité dans l’océan et le fleuve sont réunies pour la reprise de cette liaison Dakar - Ziguinchor. Il fallait également une bonne exploitation du bateau et terminer les travaux d’extension et d’aménagement du port de Ziguinchor ".

Comme tous les ans depuis trois ans, Wade a annoncé sa détermination à désenclaver la Casamance : " En plus de la liaison maritime qui va reprendre dès le mois d’octobre après les essais de Wilis, le désenclavement externe et interne va se poursuivre et se renforcer à travers la construction d’un chemin de fer, des routes Ziguinchor - Cap Skiring, Oussouye - Elinkine et de la boucle du Blouf, ainsi que de la voie de contournement de la Gambie ".

Après 3 ans d'absence la liaison entre Dakar et Ziguinchor a repris le 11 novembre 2005



Remplacement du Joola

En 2005 la Banque Européenne d’Investissement (BEI) a accordé au Sénégal un prêt de 10 millions d'euros (6,5 milliards de F.Cfa) pour l’acquisition d'un bateau neuf. Cette somme s’ajoute aux 10 millions d'euros déjà débloqués en 2004 par la KFW (Banque allemande de développement) et la participation du Sénégal à hauteur de 6 millions d'euros.

Aline Sitoé Diatta le remplaçant du Joola
Ces 26 millions d'euros permettent la construction en Allemagne d'un nouveau bateau pour 21,5 millions € et la réalisation des gares maritimes et la réparation des quais des ports de Dakar et de Ziguinchor et la construction d'un quai d'accostage sur l'île de Carabane.

Le chantier naval Allemand Fasmark a été retenu pour construire un ferry de 75 m de long pour 18 m de large et d’un tirant d'eau de 3,20 m. Le bateau " Aline Sitoé Diatta " assure le transport de 500 passagers et 400 tonnes de marchandises et véhicules à une vitesse de 15 nœuds.

" Aline Sitoé Diatta " a été livré le 12 décembre 2007.



La liaison maritime Dakar – Ziguinchor par " Aline Sitoé Diatta " est maintenant gérée par le Consortium Sénégalais d’Activités Maritimes (COSAMA). Le capital de COSAMA est détenu par le Port Autonome de Dakar (PAD), le Conseil Sénégalais des Chargeurs (COSEC), la Société de Transport Moderne (SOTRAM), la Société MARITALIA et des groupements de femmes du Sud.

Le 26 janvier 2008, le " Wilis " a interrompu la liaison maritime Dakar - Ziguinchor et " Aline Sitoé Diatta " a accosté à Ziguinchor le 12 février après un premier voyage test.

Après 5 ans d'attente, le premier voyage commercial Ziguinchor - Dakar du bateau " Aline Sitoé Diatta " a eu lieu le 10 mars 2008.






Prise en charge des 1.900 mineurs orphelins du " Joola "

Il a fallu 5 ans pour conclure les indemnisations des victimes. En septembre 2007 les associations de victimes annonçaient que 1.470 dossiers d'indemnisation ont été satisfaits.

Mais au lendemain du naufrage le Président Wade avait aussi promis de faire de tous les mineurs orphelins du "Joola" des Pupilles de la Nation pour les accompagner financièrement jusqu’à leur majorité.

En novembre 2006, l’État a adopté un projet de loi pour la prise en charge des orphelins et la création de l’Office National des Pupilles de la Nation. Les enfants de moins de 18 ans dont l’un des parents ou le tuteur est décédé dans le naufrage du " Joola " pourront bénéficier de la protection, l’éducation, le soutien moral et matériel de l’État jusqu’à leur majorité.

C’est seulement 2 ans après, en septembre 2008, que le conseil des ministres a adopté son décret d’application !!!

Pourquoi avoir attendue 6 ans pour adopter cette loi ! … Quand va t'elle être mise en pratique ?

Le gouvernement attend peut-être que les 1.900 orphelins soient tous devenus majeurs !…




 Retour en haut de la page Laissez nous un message Page suivante